L’Intelligence Spirituelle : co-rêver et co-créer demain

L’Intelligence Spirituelle : co-rêver et co-créer demain

21 November 2019 Off By Anne-Charlotte Beck

Un article écrit par Vola Potinet.

De plus en plus de monde s’intéresse à la spiritualité en entreprise. Nous pouvons le constater avec les dernières publications et les nombreux livres directement ou indirectement sur le sujet, sans compter les mouvements comme « conscientious capitalism», BALLE, la RSE et la Loi PACTE avec l’entreprise à mission. (Vous avez une liste d’ouvrage en fin d’article[i])

Il est souvent difficile d’en parler puisque nombreux font l’amalgame entre spiritualité et religion. Beaucoup se posent la question de la place de la spiritualité dans l’entreprise, tout comme se pose la question de la place du bonheur au travail. 

A côté de cela, rien qu’à lire les posts qui fleurissent sur Linkedin, plusieurs personnes prennent conscience d’assister à un changement de paradigme entre une recherche accrue de sens, un sens qui côtoie une conception d’un business d’un nouveau genre dont les modèles restent à construire, à co-construire. Ces personnes deviennent de plus en plus nombreuses. Elles choisissent de changer de posture. Elles alignent leur parole, leurs pensées, leurs faits et gestes avec leurs valeurs pour incarner l’authenticité. Elles choisissent d’influencer positivement les autres par l’exemplarité et l’exhortation. En se transformant elles, elles transforment les organisations, le monde, la vie et la terre.

Je vous partage ici ce que j’ai retenu du dernier (mais premier) webinaire de Romain CRISTOFINI sur « l’intelligence spirituelle au cœur du leadership : trouver en soi de nouvelles clés pour son organisation et pour le monde »

QU’EST-CE QUE LA SPIRITUALITÉ EN ENTREPRISE ?

Commençons par la religion. La religion est le rapport de l’homme à l’ordre du divin surnaturel ou supranaturel ou d’une réalité supérieure, tendant à se concrétiser sous la forme de systèmes de dogmes ou de croyances établies, de pratiques morales, des règles de vie, éventuellement des pratiques rituelles, propre à une communauté ainsi déterminée et constituant une institution sociale plus ou moins fortement organisée.

Quant à la spiritualité c’est le rapport à la vie, à notre vie, à la nature, aux différents règnes et à l’univers. Elle parle de notre cheminement sur la terre et de la raison de notre existence.

La spiritualité présente deux dimensions : l’une horizontale et l’autre verticale.

La dimension horizontale de la spiritualité réside dans la création et la production c’est-à-dire la matérialisation d’une envie ou la concrétisation d’une idée. Il peut s’agir de fabriquer un produit, sortir un bâtiment de terre, agir, conquérir, aller toucher ou inspirer d’autres personnes, créer des liens avec les autres, … A chaque fois qu’il est question de faire vivre, de vivre ou de revivre un moment de communion ; à chaque fois que nous laissons vibrer et s’incarner une partie de nous en nous écoutant davantage, nous touchons cette spiritualité.

La dimension verticale de la spiritualité consiste en notre contribution au monde. L’être humain est un être de conscience. Nous avons la faculté d’être animés de questionnement et de se poser la question de notre axe de vie, de notre utilité et de comment pourrons-nous nous relier à plus grand que nous. A chaque fois que nous engageons une introspection personnelle, à chaque fois que nous nous autorisons à mobiliser cette faculté en nous, nous touchons cette dimension verticale de la spiritualité.

QUE VIVONS-NOUS AUJOURD’HUI ?

Comme nous l’avons tous constaté, et comme le disaient Romain CRISTOFINI et Mathieu Riccard c’est la première dans l’histoire de l’humanité que le sort des générations à venir dépende étroitement de nos actes. 

Notre monde est en profonde mutation ; plusieurs paramètres ont rendu notre environnement volatile, incertain, complexe et ambigu (VUCA). Nous avons atteint plusieurs limites. Les entreprises sont questionnées sur le bien commun, la terre et l’héritage générationnel. Leurs organisations rigides et pyramidales sont devenues trop lourdes pour faire face, agir et réagir dans un contexte de changement permanent. Leurs modèles de gouvernance épuisent autant la planète que les parties prenantes de leurs écosystèmes. 

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Plusieurs choses nous échappent qu’il devient de plus en plus difficile d’envisager ce qui est nécessaire demain. Les compétences longtemps prisées deviennent insuffisantes qu’il faille faire rentrer dans le business d’autres formes d’intelligence comme l’intelligence du cœur ou l’intelligence émotionnelle, l’intuition et l’intelligence spirituelle. 

En parallèle, tous les acteurs, quel que soit leur rôle dans l’entreprise ont soif de sens pour s’engager. Certaines personnes commencent à (vouloir) contribuer, au-delà d’une recherche de croissance et d’une création de valeurs, à quelque chose de plus grand.

Nous comptons aussi l’émergence de nouveaux leaders qui sortent des sentiers battus et portent un regard neuf tourné vers leur être profond pour laisser mourir certaines choses afin de s’ouvrir à d’autres dimensions. Il s’agit de mouvement très personnel pour se reconnecter à quelque chose de très intime et la reconnaître pour mieux s’engager.

PAR OU SOMMES-NOUS PASSÉS ?

Vous pouvez voir dans un de mes articles quelques raisons https://www.linkedin.com/pulse/leffondrement-de-lancien-monde-et-lav%C3%A8nement-dune-nouvelle-potinet

En occident et particulièrement en France, la marginalisation de la religion en général a fait reculer avec elle toutes formes spirituelles. La valeur du progrès a remplacé le vide laissé par le recul de la spiritualité.

L’industrialisation du 19è siècle, la réorganisation du travail, le consumérisme, la modernisation à outrance des capacités de production et la production massive ont tout accéléré pour aller jusqu’à une forme extrême d’individualisme. L’être humain encensé par les progrès techniques et technologiques est devenu un faire humain au lieu d’un être humain.

Nous sommes entrés dans un ère où il fallait scinder le personnel du professionnel voire éradiquer tout ce qui est humain (refouler les émotions, ne plus parler d’intuition, gommer tout état d’âme en franchissant les portes de l’entreprise, ne pas faire trop de vague, taire tout élan de vie, …)

A côté de tout ceci, nous véhiculons collectivement certaines croyances limitantes comme :

  • Le travail est un mal nécessaire : c’est un lieu de contraintes donc de souffrance
  • Nous ne pouvons contribuer à un monde meilleur qu’à l’extérieur du travail en investissant des causes nobles, associatives humanitaires, …
  • Nous pouvons nous épanouir en « gérant » et en nous accommodant de conflit de valeurs

Et pourtant, il suffit d’un pas de côté, d’une prise de recul ou de hauteur voire de creuser en profondeur pour percevoir que :

« On ne peut pas résoudre un problème avec le même mode de pensée que celui qui a généré le problème »Albert Einstein.

  • Le travail est un lieu d’accomplissement existentiel.
  • Que nous contribuons au monde au travail : nous détenons de vrais pouvoirs d’actions sur le monde au travail dans notre engagement professionnel où nous passons la majeure partie de notre temps éveillé.
  • Que nous ouvrons le champ des possibles, car libérés, dès que nous nous alignons à nos valeurs.

SE POSENT ALORS DEUX QUESTIONS :

  • Notre projet, notre engagement professionnel nous permet-il de nous accomplir en tant qu’être humain, d’exprimer et de convoquer notre singularité (forces, latents, élans, blessures, …). Nous permet-il de nous épanouir ? A quoi peuvent servir nos talents uniques ?
  • Quelle cause sert notre projet/notre engagement ? Qu’est-ce qui ce qu’il nous reste au-delà du travail? Est-ce que nous nous sommes laissés embarquer par quelque chose qui nous éloigne de nous-mêmes ? Avons-nous des objectifs existentiels ?

QU’EST-CE QUE NOUS POUVONS FAIRE ?

Nous relier à notre statut d’être humain : Il est question de revenir à notre condition d’être humain, fait de chair et de sang, un être éphémère de vulnérabilité et d’imperfection doté d’une puissance illimitée créatrice. Cette sorte de renaissance commence par un chemin de libération personnelle et d’humilité. C’est embrasser les renoncements, entrer dans beaucoup de tiraillements et flirter avec des zones d’incohérence parfois. C’est presque un voyage initiatique, introspectif vers la connaissance du soi profond : d’où nous venons ? Où nous en sommes ? Où est-ce que nous nous dirigeons ? Quelles sont les histoires que nous nous racontons ? Quelles sont nos aspirations profondes ? Est-ce que nous vivons nos aspirations profondes ? Est-ce que nous sommes à la manette de notre vie ? Qu’est-ce que nous avons envie de vivre en tant qu’être humain ? …

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Il s’agit de :

  • prendre ce temps de questionner notre désir d’accomplissement existentiel
  • de nous autoriser à l’incarner
  • de nous demander chaque jour si ce que nous accomplissons contribue à notre chemin et mission de vie
  • d’identifier chaque jour la petite chose que nous avons faite qui nourrit notre chemin et mission de vie

Apprendre à déjouer les règles de l’égo qui part en quête « ex vivo » d’objet insatiable comme le paraître, le pouvoir, l’argent, le statut social, la reconnaissance, l’appropriation de tous les succès ou le scenario de réussite pensant nous amener la joie. Il s’agit de différencier l’égo qui construit une identité, notre individualité que nous prenons conscience pour pouvoir interagir avec le monde et l’égo qui enfle d’orgueil ou qui nous dévalorise en se nourrissant de nos échecs pour occulter notre capacité à rayonner. Le principe est de donner sa juste place à l’égo qui reste une partie de nous mais qui ne nous définit pas. Ce détachement nous fait tomber les couches de masques qui nous permet d’allouer notre énergie là où c’est essentiel pour nous.

Identifier notre noble leadership et oser notre grandeur

Dès notre naissance, nous sommes tous dotés de talents et de forces que nous pouvons offrir au monde. Le développement personnel permet de les identifier et de les connaître. Cette indentification et appropriation peut se faire seul(e) ou avec l’aide d’un coach ou d’un thérapeute. Ce retour à soi est une étape nécessaire pour nous accepter et nous accueillir tels que nous sommes. Une fois cette singularité et unicité révélées, l’invitation est de nous autoriser à rayonner en offrant nos dons, nos talents, nos forces aux autres. Ce déploiement peut revêtir plusieurs formes telles qu’incarner pleinement nos projets, oser nous exposer…

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S’aligner sur notre « mission de vie » pour faire une différence positive dans le monde

Il est essentiel de définir au service de quoi nous offrons notre grandeur, sur quel enracinement nous basons nos choix importants, sur quel fondement nous répondons aux différentes sollicitations, qu’est-ce qui nous met en mouvement pour nous engager.

Cette mission de vie est ce que nous ne pouvons pas perdre de vue même si elle reste dynamique. Elle revêt deux dimensions : notre accomplissement personnel et le service au monde tel que nous souhaitons que le monde devienne.

Commençons par un JE pour faire un NOUS : rêver soi pour rejaillir sur les autres. Cette connexion se fait au plus profond de nous et s’incarne en nous pour le monde. Son maintien demande un investissement sur soi tel un sanctuaire intérieur, un ancrage à entretenir.  

OSONS INVESTIR EN NOUS

Comme je le disais dans un autre article nous sommes uns et indivisibles. La physique quantique nous démontre qu’en étant êtres de lumières et de vibrations, nous sommes reliés les uns aux autres. Si l’on descend d’un cran, notre cœur, notre tête/mental, notre corps, notre esprit, notre âme font un seul être. Nous avons appris à tout séparer et renoncer à notre entièreté. Il est temps de se présenter tels que nous sommes. Il est temps de réapprendre à prendre soin de nous pour mieux prendre soin des autres. Arrêtons-nous de nous séparer en mille morceaux pour respecter un clivage de soi, non naturel, de la vie personnelle et la vie professionnelle et donnons la juste place à tout ce qui contribue à notre épanouissement pour enfin faire émerger notre plein potentiel pour notre bien et celui du monde. Arborons fièrement notre mission de vie dans la joie et la non compétition, sans besoin de se comparer aux autres et inspirons le monde. 

 [i] Si vous souhaitez aller plus loin, je vous recommande les publications et livres qui traitent du sujet directement ou indirectement comme :

 « L’intelligence spirituelle au cœur du leadership » de Romain CRISTOFINI

« Les entreprises humanistes : comment elles vont changer le monde » de Jacques Lecomte

« L’entreprise altruiste : s’enrichir en donnant tout» de Isaac Getz et de Laurent Marbacher

« Reinventing organizations : vers des communautés de travail inspirées » de Frédéric Laloux 

« Du JE au NOUS – L’intériorité citoyenne: le meilleur de soi au service de tous.» de Thomas d’Ansembourg 

« Pour un management éthique et spirituel: défis, cas, outils et questions » de Thierry C. Pauchant

« Leadership spirituel et renouveau du management ? » de Nkakleu, Raphaël, Jean-Michel Plane, et Jean-Paul Tchankam dans Réinventer le leadership.

https://www.hbrfrance.fr/chroniques-experts/2019/09/27507-pour-vraiment-liberer-lentreprise-eveillons-la/
https://www.capital.fr/votre-carriere/la-spiritualite-votre-nouvel-allie-pour-manager-1220444