A même la Terre

A même la Terre

4 avril 2020 Non Par Anne-Charlotte Beck

Tout-à-coup, je ne sais pas ce qui m’a pris, je me suis doucement allongé là, par terre, et j’ai fermé les yeux.

Nous nous promenions avec papa et maman à la recherche de champignons. C’était le début de l’automne. Il faisait beau, ça sentait bon dans la forêt : l’humus, les feuilles, le bois humide, l’odeur des pins… mmh j’adore l’odeur des pins. Je ne sais pas pourquoi mais ça me met toujours sur la langue le goût des bonbons à la mûre.

Mes parents ne se sont pas inquiétés, ils se sont dit que j’étais fatigué alors ils m’ont laissé là. Ils ont continué à chercher les champignons, à quelques pas de moi.

Et moi, allongé à même la terre fraîche, la mousse, les feuilles, d’un coup, j’ai tout oublié.
Mes parents, mon petit frère avec ses bottes jaunes. Les champignons. Les pins. Les bonbons à la mûre.

Et alors il m’est arrivé un truc incroyable. J’ai senti l’Amour de la Terre.

C’était comme si j’étais bercé, cajolé, nourri. Le tapis de feuilles et de mousse où j’étais étendu était devenu le matelas le plus moelleux et le plus chaud du monde. J’étais tellement bien !

Je sentais mon coeur tout heureux, ouvert. Je me sentais comblé. Repu d’amour. Comme après un gros câlin de maman.

Oh, la Terre me fait même un bisou sur la joue !

J’ouvre les yeux : un papillon tout doré s’est posé sur moi !

Je crois qu’il a un peu froid. L’automne arrive… Il reste là longtemps, peut-être que je le réchauffe un peu ? Je le regarde en louchant, il est si près ! Il me chatouille de ses petites pattes, m’effleure de ses jolies ailes, puis finit par s’envoler doucement.

C’est si gracieux, un papillon. Je l’accompagne longtemps des yeux… Je n’ai toujours pas envie de bouger. Je suis encore un peu ailleurs… sur Terre ou dans mon Coeur ?

Je lève les yeux… Le soleil perce la cime des arbres et me caresse gentiment. Se pourrait-il qu’il m’aime lui aussi ?

Alors je pense à Grand-père. S’il était là il me regarderait en souriant, c’est sûr. Et il viendrait s’allonger à côté de moi, évidemment, simplement. Il est unique, Grand-père. Avec lui, je lève le nez pour

regarder les nuages, j’écoute le bruissement des feuilles, je goûte les framboises sauvages et m’agenouille pour observer les scarabées avec une loupe.

Grand-père me dit souvent que nous sommes tous les enfants de la Terre et du Soleil. Qu’il aime la nature du plus profond de son coeur, qu’il lui parle, qu’il l’écoute . Il dit que ça l’aide à être meilleur, à rester à sa juste place. Jusqu’à maintenant je n’avais pas compris…

Une brise légère passe sur moi… Le bonheur m’envahit de plus belle.
Cette fois c’est moi qui prend les devants ! Une grande inspiration et je souffle « Je t’aime Vent ! »

– « A qui tu parles ? »
Augustin, mon petit frère, tout barbouillé de boue, s’est approché de moi.
– « heu personne… fais-je, encore un peu étourdi comme après un long voyage… Tu as trouvé des

champignons ? »
– « Pleins ! Regarde ! »